19.12.2011
Prouver sa supériorité à un sapin
Si l’on ajuste le monocle sur l’année 2011, on peut constater qu’elle aura été riche (oui, ouiiii, je sais que vous êtes riche, vous aussi, cessez donc de toujours tirer l’édredon à vous) RICHE DONC, en événements historiques. Harry Potter a saccagé le patrimoine des Horcruxes, la Belgique a inventé un nouveau gouvernement et Kate Middleton a réalisé son rêve de gamine. « Tu veux faire quoi, plus tard, Katie ? » « Princesse. » Bien joué, Kate. Par-dessus l’agora, une nouvelle tendance - purement américaine celle-là – a fait son apparition sur la toile ; j’ai nommé le Chuck Testa. Taxidermiste de renom, ce gros bonhomme aux yeux sournois est principalement connu pour ses animaux empaillés plus vrais que nature. « Est-ce que ce rhinocéros vient de commander un verre ? » « Nope, c’est Chuck Testa ». Pour plus d’infos, voir par-là.
Bien des salons, en cette période de liesse, contiennent, eux aussi, un Chuck Testa.
Regardez bien.
Non, pas la table basse.
Un peu plus à gauche.
En-dessous de la tête de cerf – oui, cela peut prêter à confusion – voilà, vous y êtes.
Le sapin.
Le sapin de Noël. Mais, mais, mais, allez-vous me dire, que nous racontez-vous avec vos lèvres, Tonton Faro, les sapins ne sont pas animaux empaillés, c’est absurde. Alors, déjà, c’est votre coiffure qui est absurde et, ensuite, si, la plupart des sapins actuels sont de sales bêtes maitrisées par l’homme.
C’est tout une tradition.
Noël célèbre une double victoire : celle de la fécondation in-vitro de Marie de Nazareth et celle, plus réaliste, de la suprématie de l’homme sur le peuple conifère. Je m’explique : depuis la nuit des temps, l’icône du sapin a véhiculé une terreur inarticulée, bien ancrée dans nos phobies quotidiennes. Une sorte de frousse des hautes cimes et des branches serrées. Il n'est d'ailleurs par rare que les films de frousse se déroulent dans les bois. Parce qu'un sapin, vu de près ou de loin, ça fait peur. Malheureusement, la vérité s’étend au-delà de l’imagination et il est de mon devoir, en tant que bourgeois dénonciateur, de révéler les dessous du Monde Mauvais :
Les sapins sont vivants.
Voilà, je l’ai dit, je me sens mieux. Ces figures monoïques sont en réalité des créatures malignes et
cruelles, réfugiées dans le Grand Nord pour fuir la répression du papier. Là-bas, perdus dans les vastes étendues enneigées, ils complotent dans une langue de bois connue d’eux seuls. N’y a-t-il rien de plus effrayant qu’une étendue de sapins sur l’horizon ? Leurs pointes se balancent au gré du vent et seul le Diable sait ce qu’ils remuent ainsi en secret. Des centaines de skieurs disparaissent chaque année en faisant du hors-piste. D’étranges avalanches se renversent sur les flancs montagneux, causées par on ne sait quels cris calamiteux. Des dinosaures, même, ont été retrouvés figés dans la résine. Coïncidence ? Allons, allons. Tout n’est que calculs et complots avides.
Ainsi, une fois par an, Noël propose – dans un esprit revanchard – de tenir tête au peuple sapin. Une rébellion qui s’effectue en trois étapes :
I. La traite du sapin
Vers la fin du mois de novembre, les autorités du monde entier réveillent une armée légendaire composée d’hommes trapus et bons buveurs : les Bûcherons. Forme évoluée des Nains d’autrefois, les Bûcherons porte la chemise à carreaux et manient la hache de guerre. Envoyés dans le Grand Nord, ils se lancent dans une guerre de trois semaines contre les sapins, rejetant les faibles, découpant les plus dangereux et colonisant tout le reste. S’ensuit une épouvantable traite vers les Cinq Continents, où ces animaux du Diable sont enchainés, puis vendus.
C’est ici qu’intervient l’homme moderne et son petit porte-monnaie. Cette année encore, vous avez perdu une belle-sœur du côté de la Suisse et sa raquette gauche, unique souvenir de la malheureuse, trône au-dessus de votre cheminée. Comme tout bon bourgeois qui se respecte, vous n’êtes pas un homme d’action et vous vous êtes contenté de maudire les conifères tout entiers sans pour autant oser agir. L’approche du 25 décembre vient cependant changer la donne.
Vous vous rendez donc au marché de Noël, les mains dans le vison et le sifflotement aux lèvres. Partout autour de vous, après le stand des marrons chauds (victimes, eux aussi, d’une rancune ancestrale), des sapins sont commercialisés au plus offrant, sordidement emballés dans de grands filets blancs. Oh, comme ils geignent, ces cônes démoniaques, comme ils remuent dans leurs entraves si serrées ! Vous percevez néanmoins, au travers des épines frémissantes, un regard sournois et méchant se poser sur vous et vous savez, malgré une grande expérience de la chose, qu’accueillir une telle bête chez vous ne sera pas sans risques. Ce qui explique, par ailleurs, que les sapins diffèrent selon les foyers. Les plus courageux s’encombrent d’un sapin féroce, au faîte de sa santé, gras et gorgé de haine. S’il exprime au mieux la victoire de l’homme sur la nature, il n’est pas rare que certaines espèces – particulièrement titanesques – parviennent à se délier de leurs chaînes. Ainsi de naïfs enfants, en tendant une menotte vers leurs cadeaux, se sont-ils fait happer par leurs branches crochues. Certains sapins, mêmes, parviennent à s’échapper, mais ce récit-là est trop barbare pour être relaté.[1] En dépit de sa dangerosité, il s’agit de cette espèce de sapin-là qui vous apportera le plus grand succès lors du Réveillon. L’on saluera votre courage et l’étendue de vos moyens. Les bourgeois sadiques se limiteront à des bébés sapins, ornés de trois boules et posés au milieu de la table. Je n’encouragerai nullement cette option ; ce ne sont que des gosses et il y a des limites à la méchanceté. Les plus dérangés s’en servent, par la suite, comme bonsaïs de substitution. Les familles peureuses choisiront le sapin empaillé, pratique extrêmement répandue et permettant une réutilisation du trophée chaque année. C’est le Chuck Testa dont je parlais tout à l’heure. Enfin, les nécrophiles se délecteront d’un sapin mort, sans aiguilles et tout flétri, et dont on ne veut savoir pourquoi ils finissent tous nus.
En somme, Freud l’aura résumé avant nous : le sapin, c’est phallique et cela permet d’impressionner son prochain en jouant à qui a le plus grand.
II. L’humiliation du sapin
C’est une chose bien connue, l’être humain dérape souvent. Et, une fois qu’il capture quelque chose, il
aime s’amuser. Le cas présent, le bourgeois humilie rudement son sapin en le décorant. Le contraste est tout à fait ignoble : la chose méchante se voit déguisée en femme, sous de grosses boules et d’épaisses guirlandes.[2] Humilier son sapin constitue le clou de la décoration des Fêtes de Fin d’Année. Tout le monde peut participer, et il n’est pas rare que les enfants s’adonnent eux-mêmes à cette petite pratique. Il s’agit, là encore, d’un principe social : c’est en venant récupérer son moule à tarte que Madame Pergament, qui a la sale habitude de scanner votre maison, se ravira de constater « Oh, comme votre sapin est bien humilié ». Et d’ainsi vous forger une réputation stable et solide. Il s’agit, à Noël, de ne pas passer pour une lopette. Et puis, il est toujours préférable d’entendre dire « Monsieur Bigot ? Voilà un homme inébranlable, vous verriez la grosse race qu’il a mise à son sapin » au lieu d’un « Monsieur Bigot, ah le pauvre homme, il a été dominé par un vieux conifère », sincèrement embarrassant.
Certains bourgeois, experts en moqueries, n’hésitent pas à afficher leurs œuvres à la fenêtre. Et je ne parlerai pas des humiliations publiques sur les Grandes Places des villes, bien souvent inaugurées par quelques stars enjouées.
III. L’avertissement donné aux congénères
Etape finale dans le combat contre le Grand Nord, l’avertissement intervient assez tardivement, à la fin du mois de janvier. Les Fêtes sont terminées, on a bien ripaillé en famille, le boulot a repris et le sapin, faible et usé, encombre plus qu’autre chose.
Il est de bon ton de se débarrasser de son cadavre sec et violenté dans les bois résineux, sous l’œil choqué de ses petits camarades. La dépouille servira alors d’avertissement aux plus fougueux et, le temps qu’ils se remettent de leur horreur, vous aurez pratiqué le sport d’hiver en toute sécurité.
Evitez tout de même de jeter vos morts à la poubelle ou dans le caniveau, cela fait désordre et, que je sache, nous ne sommes pas encore chinois.
Au-delà de toutes ces complications stratégiques, Noël est à placer sous le signe de la solidarité et de la chaleur humaine, aussi me reste-t-il à vous remercier pour votre fidélité 2011 (un millier de visites par article, tout de même !) et de vous souhaiter un Bon Noël et de Belles Humiliations de Fin d’Année.
Faro Esteria.
[1] Mais je vais le faire quand même. On doit le plus atroce des témoignages à Isidro Tilleuil, réveillé en pleine nuit par des craquements assourdissants. Dévalant l’escalier fusil en main, le malheureux essuya une pluie de boules de Noël particulièrement violente. Tombant au sol, il eut le temps d’apercevoir le grand sapin se pencher sur lui, tout gonflé de haine avant d’être, je cite « Fouetté à grands coups de guirlande, dans un nuage d’aiguilles coupantes. J’eus le réflexe de rouler près de la cheminée que le monstre, méfiant du feu, n’osa approcher. J’empoignai un tesson et frappai la bête de toutes mes forces mais elle se défenestra dans un grand cri funeste, avant de s’enfuir vers l’horizon encore sombre du matin. Je n’oublierai jamais cette terrible vision : celle du sapin malade, dont les branches s’agitaient en tous sens, courant vers le lointain, une guirlande lumineuse entre les dents. »
18:51 Écrit par Tonton Faro dans Techniques de défense | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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13.12.2011
Bien choisir son cadeau de Noël
On croit toujours connaître sa maison. On sait, par habitudes, les petits détails des pièces - le nombre de prises de terre du rez-de-chaussée, ou bien les morceaux de mur où le papier peint adhère mal. Malgré des années de déjà-vu, pourtant (et c’est tout à fait formidable), il y a toujours moyen de redécouvrir son habitat. Généralement lors du grand nettoyage[1], propice à l’analyse des lieux. Ainsi ai-je déchiffré, la semaine dernière, des écritures sataniques sur mes plinthes – ce qui explique les lueurs dans la soupe et le camembert qui chuchote.
Ceci n’est pas le sujet du jour, mais je suis sincèrement soulagé d’avoir percé ce mystère.
Les fins de mois sont l’occasion d’un petit plaisir innocent : celui d’arracher une page du calendrier et de découvrir, non sans une certaine fébrilité, une nouvelle image thématique. Cette année encore, vous avez acquis le calendar des éboueurs, avec Miss Déchet en couverture et, comme chaque fois, ils ont cru bon de décorer leurs feuillets de proverbes sans rimes. Ainsi avez-vous lu « En février, pèle tes agrumes » et « Voici juillet, fripouille à vélo ! ». Pour entamer les fêtes, on vous achève « Décembre, c’est oppressant », sur photo de bâche jaune.
Oui, décembre est une source de stress. Ahlàlà oui, me direz-vous, le vent est méchant, mais méchant
!, et je n’ose jamais aérer ma chambre de peur qu’il pleuve et que mon lino ne gondole. Je vais gentiment vous pincer la joue, (mais un peu fort quand même, parce que quand j’ai un bout de chair entre les doigts, j’ai toujours envie de le percer jusqu’à ce que ça saigne), vous asseoir sur la réalité et chantonner : tu vois, mon mignon, hihi, le soucis météo, c’est une chose, mais si tu regardes plus loin que ton joli nez, tu verras qu’au bout du rouleau, il y a Noël et que Noël, tu vois, petite saloperie, ça veut dire cadeaux et je ne sais jamais quoi acheter et ça me stresse, tu comprends, ça, enflure de saleté je vais TE CREVER TA JOUE.
Voilà, vous savez maintenant pourquoi, aux environs de Noël, vous avez les boules avant de les mettre au sapin. Parce que la traditionnelle réunion de famille requerra une quantité non-négligeable de présents originaux et personnalisés. Seulement voilà, vous n’avez aucune imagination et vos proches sont d’une nature – très – exigeante. Même qu’ils jugent.
Dieu merci, Tonton Faro sera votre conseiller Noël de cette fin 2011.
Préambule : qu’est-ce qu’un cadeau ?
Ne nous lançons pas en terrain inconnu, il convient de savoir où l’on pose la charentaise. Ainsi donc, un cadeau, qu’est-ce exactement ? Le Dictionnaire Onéreux nous fournit une définition riche en commentaires :
Cadeau(x) : n. m. du latin cadum. Dans la culture occidentale, parallélépipède rectangle couvert d’un papier dit, lui aussi, cadeau et renfermant un item voulu intriguant, voire agréable à la réception.
Cadologue : Spécialiste du cadeau et de ses dérivés.
N. B. :De nombreux cadologues ont étudié, à travers les siècles, l’art du cadeau sans jamais parvenir à lui établir de règles fixes, puisque variant selon les époques et les humeurs. Il fut cependant établit que les femmes n’en étaient pas un.
Vous voici déjà bien informé : votre paquet devra être carré et soigneusement emballé. J’ajouterai qu’un nœud de ruban, sur le dessus, sera du plus bel effet. Pour plus d’information sur les nœuds, je vous renvoie à l’article concernant les nœuds de cravate – pour un impact plus festif, osez le culot du nœud comique.
Une fois déballé, votre cadeau devra provoquer une triple réaction :
A. Orienter les lèvres du destinataire sur un « Oh ! » ébloui (cad’oh) ; éviter à tout prix le « Ah… » de la bouche plate et déçue.
B. Epater la foule contemplative sur un « grumbl » inaudible mais jaloux.
C. Ecœurer l’ouvreur suivant qui, quoiqu’il décalotte, n’aura rien de supérieur.
Plus qu’une tradition, il s’agit également d’une affaire de réputation, alors autant fourrer la chose avec du cher et de l’élaboré. Bien malheureusement, les facteurs à prendre en compte sont multiples, complexes et variables. L’on tâchera, cependant, de servir une liste quasi-exhaustive.
Facteur A : la situation des familles :
Les familles pauvres
Période de dépenses outrancières, Noël n’est pas disponible au portefeuille de tout le monde. Parfois, certains foyers, loin de se permettre le luxe d’un sapin, célèbrent une fougère mono-guirlande. Les présents, en règle générale, sont bien maigres mais dénotent une véritable innovation. C’est par exemple le cas du cadeau unique, artefact voué à satisfaire toute la famille par son emploi collectif. Une table ou un radiateur sont de parfaits exemples car nécessaires à la survie. Des familles plus généreuses se recycleront dans le cadeau familier, objets de la maison déjà vus et usés mais auxquels on étiquette une forme de propriété privée. Il n’y a rien de plus savoureux que d’entendre un enfant s’exclamer « C’est vrai ? Le poivrier est à mon nom ? Quel beau Noël ! ». Et, en effet, il a bien de la chance en comparaison des bambins gâtés par un cadeau vicelard, uniquement destiné à vous éviter une corvée durant un certain laps de temps. « Bon pour ne pas faire la vaisselle deux jours de suite. » « Bon pour ne pas être perdu ‘sans le faire exprès’ dans la forêt. » Enfin, me direz-vous, c’est toujours mieux que l’option pas de cadeau qui gâche franchement la magie de Noël.
Les familles nombreuses
D’un autre acabit, les familles surpeuplées sont à la source du procédé du tirage au sort, une horreur communiste supposée favoriser la connaissance et découverte du prochain. Le principe : on rédige le nom de chaque membre sur un bout de papier avant de tout mélanger dans un chapeau. Chaque personne se saisit alors d’un papelard, tirant ainsi sa cible de l’année. Ce procédé révoltant débouche tout à fait légitimement sur des zizanies, où personne n’est content du résultat alors qu'on avait justement une idée pour Pascal, se retrouve avec Josette, veut échanger mais personne n’est d’accord alors on prend Bonne-Maman en otage mais la bougresse a fait du judo et tout le monde s’affronte sur des chorales de films épiques. Ceci étant, cette initiative est bien plus honnête et enviable que le cadeau fusion, résultat d’une alliance entre fourbes de la famille. « Comme on n’avait pas d’idée, on s’est mis avec papa pour t’acheter un truc plus gros. » En règle générale, votre puzzle a gagné une cinquantaine de pièces supplémentaires. Hiya.
Les familles riches
Régulièrement théâtre de compétitions sans merci, les foyers riches se trahissent par un manque épouvantable d’imagination. Chez les plus atteints d’entre eux, le sapin surchargé contredit un dessous sobre et épistolaire : une série d’enveloppes nominatives, dont on sait qu’elles ne contiennent qu’un chèque ou une petite liasse de billets. Comme ça, « tu t’achèteras ce que tu voudras et tu penseras à moi ». L'adolescent actuel claquant l’essentiel de son fric en beuveries, il ne rendra hommage à Marraine Nadège qu’au fond d’une cuvette sordide. Lorsque désireuses de faire un effort mercantile, cependant, les familles riches développent une toute autre méthode dite du cadeau commande. « Pour m’éviter toute déception. » L’assaut éclate durant les repas, par le choix d’allusions voulues discrètes. « En parlant de ragoût, ce matin j’ai vu un BEAU SACTM chez Chanel. Et tout le monde aime le ragoût, mais je ne donnerai jamais la recette. Sauf si je reçois un BEAU SACTM de chez Chanel, alors je pourrais négocier. » Ce comportement est souvent le reflet d’un manque de confiance en l’autre.
Facteur B : La personnalité des individus
Ne vous y trompez pas, selon les traits de caractère de chacun, vous recevrez des choses tout à fait différentes et offrirez en conséquence. Cela ne sert à rien de couvrir votre belle-sœur de fourrures alors qu’elle vous a tendu, l’année passée, un DVD Bollywood. En pareil cas, elle mérite simplement de mourir.
Papa Cliché : Derrière sa bedaine cinquantenaire, Papa Cliché divise le monde en deux parties : les Hommes et les Femmes, eux-mêmes sous-divisés en Petit Homme/Morveuse, Homme Normal/Femme au Foyer, Vieil Homme/Belle-Mère. Quel que soit votre rang social, votre culture ou votre centre d’intérêts, il offrira constamment la même panoplie. Une figurine Action Man pour le Petit Homme, une Barbie pour la Morveuse, un Scotch pour l’Homme Normal, une casserole pour la Femme au Foyer, des chaussettes pour Vieil Homme et un coup de poing pour la Belle-Mère. Réciproquement, il n’attendra de vous qu’un vieux fût ou quelque laide cravate moutarde. C’est le moins difficile du lot.
Maman Tricot : Ne vivant que pour et par la famille, Maman Tricot n’a rien d’autre à foutre que de tricoter au coin du feu, entre deux fournées de tambouille maison. Dans cette juste logique, vous recevrez chaque année une chose brodée à vos initiales. La dernière fois, c’était le petit mouchoir en laine. Pour cette année vous craignez avoir aperçu une espèce de sac à tartines. Friande d’artisanat, Maman Tricot se satisfera d’une création personnelle.
Tonton Croûte : Artiste fauché ne figurant plus sur l’arbre généalogique, Tonton Croûte s’est mis en tête, dès l’âge de six ans, de peindre tournesols et lavandières jusqu'à sa mort. Le talent ayant pissé sur son paillasson, il vous croit son plus grand fan et vous récompense, ouh le chanceux, par une belle toile, « Chevreau contemplant une crémière qui baratte du beurre, la sueur au front. » Oui, en plus, ses titres sont nuls.
Tata Misère : Une femme ravagée que la vie n’épargne pas. Elle travaille dans une boulangerie mais,
avec son diabète, elle ne peut rien consommer. C’est elle qui fournit les bûches de la soirée, à défaut d’offrir un cadeau – ben oui, elle fait de la rétention d’eau et ne peut plus se déplacer jusqu’au centre-ville. Si sa présence n’apporte rien (les bûches ne sont pas bonnes), elle rit très fort et met de l’ambiance. De plus, quoi que vous lui offriez, elle s’enchantera à grands coups de « Oooh, il ne fallait pas ! Rohlàlà, c’est magnifique ! ». Dans la mentalité bon enfant de Tata Misère, c’est l’intention qui compte. Comme si.
Parrain Maniaque : Ayant un sérieux problème de contrôle, Parrain Maniaque met un point d’honneur à sélectionner tous ses cadeaux avec minutie. Son but : toucher là où il faut et rester un modèle de générosité. C’est sans doute la race la plus dangereuse puisque pointilleuse : ayant jeté la moitié de son âme pour obtenir le Comics Madam Hulk qu’il vous manquait, il estime un minimum d’efforts de votre part. Parrain est très (très !) difficile à contenter et vous demandera souvent le ticket de caisse.
Marraine Saga : Grosse flemmarde mais stratège longue durée, Marraine Saga a trouvé le bon plan depuis belle lurette : elle offre, chaque année, le tome d’une interminable série de bouquins de Fantasy, tel que Les Chevaliers d’Emo ou Le Chassassin Royal. Marraine Saga est prévisible mais déteste être prise à son propre piège.
Facteur C : les événements inattendus :
Véritables coups de couteau du destin, les événements inattendus surviennent aux alentours de novembre et demeurent suffisamment d’actualité pour éviter d’être ignorés. Ce sont les données qui viennent tout chambouler quant à vos spéculations.
La grossesse : S’il est encore trop tôt pour acheter de la camelote prénatale, sachez qu’une femme enceinte développe une soudaine sensibilité aux choses, pouvant déboucher sur la larme facile ou la grosse colère. Pareillement, les futurs pères seront à fleur de peau et violents. Méfiance, donc, quant aux cadeaux que l’on achète.
La passion soudaine : « Je ne sais pas ce qu’il a, mais Augustin a développé un véritable attrait pour les maquettes. » Dieu merci, ce facteur-là facilite le choix du présent, à condition que la passion ne soit pas trop tordue. (J’ai connu un officier à la retraite qui collectionnait les dentiers célèbres.)
Les vacances : Epine exotique dans le pied, les vacances de la famille Stevens ont toujours eu de quoi forcer le sourire. Mexique, Espagne et Zimbabwe, leurs cadeaux de Noël sont des « petits pas grand choses trouvés là-bas» mal emballés qui trahissent deux faits : 1. Qu’ils se sont ruinés dans ce voyage 2. Ce sont des pigeons qui ont été agressés par tous les commerçants du bled.
La portée de chats : Ça alors ! Mistinguette n’était pas stérilisée. C’est embêtant, on se retrouve avec une poignée de noirauds bâtards à donner. Vous savez maintenant ce que contiennent les paquets percés de trous.
La brocante du quartier : Vous savez donc que Grand-Oncle Hirsute est un fieffé menteur avec son emballage Casa.
Au terme de cette analyse, si votre mâchoire n’est pas encore décrochée, vous risquez de scander « Mais enfin, Tonton Faro, que peut-on offrir à ces individus ? » Il est vrai que je vous ai promis une réponse. Bien malheureusement, sachez que Noël est une fête tout à fait hypocrite et que vous ne parviendrez jamais à satisfaire tous ces gens-là. Au fond d’eux-mêmes survivra toujours une pointe de frustration impossible à résoudre et qu’il vaut mieux éviter de creuser.
Non, voyez-vous, pour vous en tirer la tête haute, il faut les mettre mal à l’aise. Le choix de l’item est ainsi tout choisi ; j’ai nommé l’accessoire sexuel. Frappés par votre audace, les spectateurs de la chose ne pourront qu’éclater d’un rire terrifié en s’échangeant des regards ronds. Mieux, c’est votre présent, pour son culot éhonté, qui se racontera lors des anecdotes familiales. Quant au destinataire du cylindre, il sera bien trop gêné pour trouver à y redire mais achètera tout de même, dès le lendemain, une série de piles rechargeables. Si l’envie vous en dit, vous pourrez toujours couronner le tout d’une série de jeux de mots salaces - le thème de Noël en regorge, ne serait-ce que pour ses boules et sa guirlande. C’est ce qu’on appelle vulgariser une tradition.
Au terme de ce billet, qu’avons-nous appris ? Qu’il faut apprendre à aimer les choses simples et que les Témoins de Jéhovah, en se privant de tout, sont peut-être les moins malheureux.
Je vous parlerai, la semaine prochaine, de la chasse au sapin ; un art guerrier méconnu du grand monde mais qu’il parait importante de – ohoh – de déballer.
22:05 Écrit par Tonton Faro dans Société mondaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : noël, cadeau, sapin, famille, fêtes, décembre |
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23.07.2011
Supporter sa belle-mère
Un tout petit peu avant midi, la sonnette retentit. Bon enfant, vous avez légèrement
sursauté parce que vous n’attendiez personne – votre ami Marc-Antoine est aux Seychelles, le facteur est déjà passé et les Témoins de Jéhovah ont capitulé vis-à-vis de votre demeure. (« De toute façon vous serez tous détruits ! ») Néanmoins, c’est un coup un peu inhabituel qui a résonné : un trait court que nous écrirons • , soit le dring « c’est moi, je suis de fraîche humeur » que vous connaissez désormais tous. Ce qui insinue que l’indésirable piétinant sur votre perron était prévu. Ce qui signifie, tout aussi logiquement, que Madame a invité quelqu’un dans votre dos.
Ah, je m’attendais à ce que l’on m’interrompe. Oui, oui, je sais, convier dans gens sans prévenir le mari tient de l’impolitesse conjugale. Néanmoins, vous connaissez suffisamment votre épouse pour comprendre son fonctionnement ; comploter à votre insu n’a qu’un seul but : vous éviter de prendre la poudre d’escampette. Inutile de regarder vos souliers dans un air gêné, nous l’avons tous déjà fait. J’ai moi-même prétendu un cousin cancéreux pour éviter une séance potin avec le neveu Fabien.
Un second coup de sonnette vous tire de vos rêveries : • • ▬▬ (que je vous laisse déchiffrer vous-même via l’article concerné) et, durant une seconde d’horreur suspendue au-dessus de votre tête, vous êtes pris d’un doute. Depuis les escaliers, le pas pressé de Madame chantonne gaiement et elle traverse le vestibule en papillonnant « eh bien, tu n’ouvres pas ? ». Au coup d’œil suivant, vous constatez qu’elle a enfilé sa petite robe de bonne chrétienne et que l’univers sent la soupe. Au même instant, une silhouette effroyable se découpe contre le verre dépoli de la porte.
Le doute prend ses jambes à son cou – voilà, il est parti : votre Belle-Mère vient d’arriver.
Belle-Maman, modèle de fabrique.
Pendant que vous vous enfermez dans la salle de bain, je prends le temps de revenir sur l’étymologie d’un tel fléau.
Une belle-mère est la mère biologique de votre épouse actuelle. J’insiste sur « biologique » puisque, de nos jours, les remariages se multiplient et les arbres généalogiques se tronquent dans tous les sens. Si remariage il y a, votre femme intitulera la nouvelle compagne « cette sale rosse » et il y a peu de chances que vous l’accueilliez sous votre toit. Nous avons, après tout, qu’une seule maman.
Les appellations sont diverses. La légende voudrait que vous nommiez la prune « Belle-Maman » mais jamais pareil discour n’a été entendu d’oreille humaine. En règle générale, la titraille officielle est « ta mère » et l’officieuse « ça ». Dans son Bestiaire familial, Rex Hooper[1] nous référencie la belle-mère en six catégories : la jarre, grosse envahissante, la lorgnette, qui s’octroie des droits de véto, le clou, dont la seule motivation est de pourrir le gendre, la soufflerie, qui se sent délaissée, le guéridon, qui a réussi à se domicilier chez vous pour ses vieux jours et le podium, qui entend bien montrer qu’elle est là depuis plus longtemps que vous.
Nous nous concentrerons aujourd’hui sur un vieux clou, dont mon ami Félix-Antoine a récemment fait les frais. Soucieux de remédier au problème, il m’a généreusement transmis un enregistrement vidéo de son dernier dîner familial.
Suite à cette audition, nous pouvons relever à la belle-mère trois comportements récurrents :
La descendance
Bien que l’idée d’un petit-fils ayant vos traits la répugne, Belle-Maman entend bien proliférer sa race.
Tant que sa fille n’exhibera pas un gros ventre, elle fera les gros yeux. Il s’agit là d’un épouvantable piège porteur d’un danger sans équivoque. Si enfant il y a, elle s’acharnera à s’immiscer dans l’éducation du gamin et à lui injecter des valeurs saugrenues comme l’adulation des bals musettes, la haine du père et le double point du tricot. Si, par malheur, vous engendrez une petite fille, elle devra obligatoirement faire du piano ou du violon.
Madame, s’avérant la plupart du temps dépendante aux conseils de sa mère, risquera alors de vous gratter régulièrement le dos au moment du coucher dans une attente reproductive. La force de l’homme moderne est ici de mener un jeu irréprochable. Feignez l’accord dans un premier temps mais demeurez finaud dans l’ombre. Deux solutions :
A. Pratiquer une vasectomie dans le plus grand secret. Suite aux échecs futurs, montrez-vous désespéré et n’hésitez pas à accuser votre épouse de jouir d’un âge trop avancé pour encore ovuler.
B. Dissimuler une pilule contraceptive dans les aliments quotidiens de Madame. Vous pouvez, par exemple, instaurer le rituel d’une pâtisserie à heure fixe. Une fois la belle-mère décédée, il ne tient qu’à vous d’arrêter le processus et d’enfin vous y mettre.
Bien entendu, vous répéterez à outrance à vos enfants potentiels qu’il est bien dommage qu’ils n’aient pas connu leur grand-mère, une femme pourtant charmante.
Le travail
Vous pourriez devenir avocat des affaires, belle-maman vous considèrera tout de même comme un raté. Malheureusement, son avis influencera celui de votre épouse, qui vous incitera constamment à exiger des promotions. N’oubliez pas qu’une femme aime à fanfaronner sur la situation de son mari, achevant de persuader son entourage qu’elle a épousé un bon parti.
Le meilleur moyen de faire taire l’adversaire est encore de trouver un emploi dans une maison de retraite. Trop effrayé par la facilité avec laquelle vous pourriez l’y placer, le clou se montera affable et conciliant. Si l’envie vous en dit, rien ne vous empêche d’effectivement lui offrir un aller simple pour la chambre « avec vue sur les massifs » et d’ensuite démissionner. Vous avez le droit de vivre vos rêves, que je sache.
Si, par malheur, vous êtes chômeur, je ne peux rien pour vous. Le pain béni n’est pas à donner à tout le monde.
Les vacances
Soupape de votre année professionnelle, la destination de villégiature sera le premier cheval de bataille de la belle-mère et traduira, à son sens, votre véritable personnalité :
Camping : Vous êtes une immondice de premier ordre. L’on vous soupçonnera du sang tzigane et un fétichisme du piquet de tente.
Gîte : Non content d’exploiter Madame toute l’année, vous l’obligez, cette fois encore, à entretenir une maison. « Oui, mais une maison à la mer » aurez-vous le malheur de défendre. « Ça ne m’empêchera pas de faire des vagues », vous rétorquera-t-elle.
Chez l’habitant : Ah, parce qu’en plus vous êtes échangiste ?
Hotel all-in : Sale fainéant.
Bof, cette année, on ne part pas : Ben tiens, c’est pas avec vos assedics que vous pourrez vous le permettre (je vous avais prévenu).
La meilleure éventualité à envisager est encore de laisser Madame sur le carreau et de partir seul. Vous prétexterez un voyage d’affaires. Soufflé par votre culot et votre ambition, le clou rongera son frein. Après tout, vous débarrassez le plancher deux semaines entières, n’est-il pas ?
Mais alors, me demanderez-vous, ne peut-on jamais lui rabattre le caquet, à cet épouvantable démon ? Vous pouvez, bien évidemment, en vous montrant méchant et gratuit. Néanmoins, gardez en tête que Madame se rangera toujours du côté de sa mère et que pareille rétorsion pourrait bien aboutir en thérapies conjugales.
Si, dans la foulée, vous souhaitez aboutir au divorce pour marier votre secrétaire, je vous en prie, envoyez la sauce.
Victorien Sardou l’a dit avant moi : « Si vous avez à choisir entre demeurer avec votre belle-mère ou vous brûler la cervelle : n’hésitez pas, brûlez-la lui. »
Sur ces belles paroles, je vous laisse méditer à vos futurs vies de couple et, pourquoi pas, à envisager d’épouser une orpheline.
La semaine prochaine, nous resterons dans le social puisque nous parlerons des voisins.
17:24 Écrit par Tonton Faro dans Vie de couple | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belle-mère, belle-famille, travail, vacances, enfant, mariage, gendre |
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